Traduire Marina Carr : le défi de sa vision
- 28 juil. 2025
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L'autrice Marina Carr est le sujet de ce post, avec l’article intitulé « Traducir teatro : la poeticidad y complejidad de los universos de Marina Carr » (« Traduire le théâtre : la poéticité et la complexité des univers de Marina Carr »), publié sur le site Vasos comunicantes Revista de ACE Traductores. L'autrice parle du style singulier de cette dramaturge.
Les dialectes dans la littérature
Le principal obstacle que pose la traduction des œuvres de Marina Carr réside dans son usage d’une langue hybride mêlant anglais standard et anglais irlandais. Cette combinaison influence la grammaire, la syntaxe et le rythme des phrases. Or, dans certaines traductions, cette dimension irlandaise a été effacée au profit d’une langue plus neutre, entraînant une perte de saveur et de spécificité.
PORTIA : Ud’s me birtha taday. RAPHAEL : Thah a fac ? PORTIA : Imagine, ah’m thirty … Jay, half me life’s over. RAPHAEL : Me heart goes ouh, ta ya. PORTIA : Have wan wud me an me birtha.
RAPHAEL : Ah this hour, ya mus’be mine.
| PORTIA : It’s me birthday today. RAPHAEL : That so ? PORTIA : Thirty, half me life’s over.
RAPHAEL : Me heart goes out to you. PORTIA : Have one with me, on birthday (a drink). RAPHAEL : Ah this hour, ya must be out ouha yar of your mind. |
La difficulté avec l’usage d’un dialecte provient de l’inconnu de la langue propre à une région. Cependant son utilisation prend tout son sens dans certaines œuvres, par exemple, dans The Mai, le dialecte représente une marque social et générationnelle. Comme si avec le temps les traditions avaient été abandonnées. Dans d’autres cas, l’anglais irlandais sert de ressort comique. Il ne s’agit donc pas simplement d’une couleur locale, mais d’un véritable outil de caractérisation et de narration.
L’aspect culturel du style de Marina Carr
L’autrice souligne également la perte culturelle importante engendrées par la traduction, car le lecteur perd non seulement le dialecte mais aussi toutes les références propres à cette langue. Dans le processus de traduction, il n’y a pas un large nombre de solutions à ce problème, adapter le texte au public cible grâce à des équivalents qui neutraliser les références en question. Néanmoins, le théâtre offre néanmoins une alternative : la mise en scène peut restituer certains éléments de la culture d’origine par des choix visuels ou sonores, même si cette solution reste partielle. Finalement il s’agit plus d’une façon de jouer avec les stéréotypes mais cela peut être considéré comme un manque de respect envers le peuple et le texte.
Le style littéraire de Marina Carr est caractérisé par des expressions en argot irlandais, qui causent des difficultés lors de la traduction. Dans cet article, on retrouve cet exemple :
« There’s no wan, but ya know this auld bog, always shiftin’ and changin’ and coddin’ the eye »
« No hay nadie, pero ya conoces este viejo pantano, siempre variando, y cambiando y engañando a la vista »
« Il n’y a personne, mais tu connais déjà ce vieux marais, toujours en mouvement, changeant constamment, se jouant de nous. »
En anglais, le mot « Auld » possède une connotation négative et « Bog » au sein de la culture irlandaise représente la même chose que « pantano » ou « marais ». Finalement, cette traduction n’a pas le même sens et le lecteur ne pourra pas comprendre la référence culturelle est ainsi effacée, et il est difficile, voire impossible, de la restituer pleinement dans une autre langue.
Les dialectes, ainsi que les noms et lieux sont d'autres éléments qui rendent le passage d'une langue à une autre encore plus complexe. L’autrice souhaite souligner qu’il s’agit d’une question de valeurs et de croyances au vu des noms avec un lien à la religion. En fonction des cultures, la signification des prénoms et noms ne possède pas une importance similaire et la traduction peut dans certains cas devenir une offense, des noms à forte connotation religieuse ou mythologique peuvent être perçus différemment selon les cultures. Par exemple, dans By the Bog of Cats, il y a un personnage qui se nomme Hester Swan en référence à une figure tragique et la traductrice a essayé de préserver la référence avec le nom « Hester Cisnero ». Dans le cas des lieux, avec le thème de la mythologie et du folklore irlandais, l'évocation de Perséphone permet de faire une transposition car la mythologie est un sujet universel.
Les spécificités d’un texte théâtral
Le théâtre, en tant que genre vivant, nécessite une attention particulière sur les personnages et leur manière de parler, de transmettre leur personnalité avec justesse et les expressions propres au dialecte. Le travail sur les personnages doit permettre de distinguer leurs différents tempéraments. De plus, qui dit vivant sous-entend l’importance de l’oralité, un texte théâtral doit être agréable tant sur son interprétation que sur la réception de celui-ci. Traduire une pièce, ce n’est pas seulement restituer le sens des répliques : c’est recréer une musique, un rythme, une identité verbale. L’oralité est centrale : le texte doit être fluide à dire et à entendre, tout en respectant une grammaire qui puisse incarner la voix du personnage. C’est ce qui donne au théâtre sa vitalité.
En définitive, l'auteur affirme que chaque langue a ses propres spécificités, ce qui la rend unique, et qu'il appartient donc au traducteur de rechercher des équivalences entre deux langues afin de faire un compromis entre fidélité et recréation, sans perdre complètement le charme de l'original.
Conclusion
Pour conclure cette lecture, je pense que les dialectes présentent un intérêt considérable, mais qu'ils soulèvent de nombreuses questions de traduction quant à ce qui est le mieux. En fin de compte, les sentiments du lecteur à l'égard d'un dialecte peuvent nous surprendre, car un texte doté d'un univers particulier qui ne ressemble à aucun autre attire le lecteur.
